LAURENT

Hier dans les embouteillages, j’essayais de me frayer un chemin, Porte de la Chapelle. Je doublais un mec dans une voiture, on était presque à l’arrêt, il y avait des voitures partout, sur trois files, j’avais fermé mes portières de l’intérieur pour pas être emmerdée par des hommes qui trainent et font la manche, c’était hostile, la circulation c’est hostile, hostile, je cherchais à passer, j’investissais tous les espaces vacants pour rentrer chez moi, et j’ai essayé de – ce qui m’a semblé être- forcer le passage devant une voiture. J’ai levé les yeux et j’ai croisé le regard de ce type. Je m’attendais à me faire engueuler, à une grimace rageuse, agacée et en fait on s’est souri. J’étais choquée. J’étais émue. J’ai failli pleurer. J’étais amoureuse.

Concept, interprétation, écriture, chorégraphie : Aude Lachaise
Présence artistique : Thibaud Le Maguer
Dramaturgie : Youness Anzane
Direction technique et création sonore : Vincent Bonnet-Gayoso
Lumière : Lilian Blaise
Production : Simge Gucuk
Collaboratrice corps : Clémence Galliard
Costume : Pascal St-André

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Production : La.Pe.A
Coproductions et mentions : L’Onde Théâtre Centre d’Art, En résidence au Théâtre Paul Eluard (TPE de Bezons, scène conventionnée d’intérêt national Art et Création – Danse 
Coproduction de La Briqueterie – Centre De Développement Chorégraphique National du Val-De-Marne.
Accueil en résidence : avec le soutien de Montévidéo Centre d’Art, de Marseille objectif DansE 
avec le soutien des Laboratoires d’Aubervilliers

La.Pe.A // Aude Lachaise est soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Île-de-France.

La Presse en parle:

« Laurent » d’Aude Lachaise

Un spectacle très original à mi-chemin entre danse, théâtre, performance et seule en scène. 

Au départ, c’est l’histoire d’une fille qui achète une place pour aller voir le spectacle d’un ami qui vit en Amérique et le rate… A partir de cet échec, ou plutôt de cette inadéquation entre un vague désir et sa réalisation, se déroule alors tout un scénario, proche de l’autofiction, qui met en scène dans un curieux « one woman show » Aude Lachaise et son double au plateau, ou une femme et son monologue intérieur.

Malgré un texte omniprésent, écrit par la « chorégraphe » elle-même, Laurent, n’est pas tout à fait du théâtre. A cause justement de cette faille permanente entre le récit dela vie intérieure d’une femme, marquée par une multitude d’inquiétudes, de perturbations qui laisse deviner un espace mental agité. Il y a dans cette parole pleine de doutes et mal assurée de quoi donner de la place au corps. Et c’est en cela qu’Aude Lachaise est avant tout chorégraphe et non pas humoriste. Car bien sûr, il y a une dimension comique assez proche d’une Blanche Gardin dans Laurent. A la fois par son absurdité revendiquée et son féminisme implicite. Mais il y a aussi et surtout l’engagement physique d’Aude Lachaise, sa gestuelle un peu foutraque et très travaillée qui donne un charme singulier à la pièce. L’ensemble est plutôt drôle, léger, comme une sorte de tragi-comique existentiel, avec une part d’autodérision. 

En tout cas, c’est une forme de spectacle tout à fait original, hors normes, flirtant avec la transgression du bon goût, mais se moquant aussi des codes du spectacle vivant. La danse y est minimale mais suffisante, le théâtre merveilleusement insuffisant, et la musique insignifiante et pourtant c’est exactement ce mélange qui nous plonge au cœur de l’émotion dans une tragicomédie existentielle.

Agnès Izrine Danser Canal historique